La fusion entre l'Agence des aéroports du Sénégal (ADS) et la société AIBD SA, actée en 2021, devait propulser le Sénégal au rang de hub aérien régional. Trois ans plus tard, les agents de la structure dénoncent une déliquescence programmée, marquée par une précarisation sociale et une perte de contrôle sur des infrastructures stratégiques nationales.
Une gouvernance interne fragilisée
La fusion des deux entités a engendré une cohabitation complexe au sein d'une même entreprise, où subsistent deux régimes sociaux distincts pour un effectif de 800 agents. Cette disparité statutaire, loin d'être résolue par les décideurs politiques, a durablement dégradé le climat social. Les employés pointent du doigt une gestion qui a transformé une entreprise autrefois autonome financièrement en une structure sous perfusion du Trésor public, après que les redevances aéroportuaires ont été gagées auprès d'institutions financières.
Le déclassement des infrastructures aéroportuaires
Le cœur de la contestation porte sur la stratégie de gestion des aéroports régionaux et de la capitale. L'aéroport de Yoff, désormais transformé en site militaire, a été soustrait à l'exploitation commerciale de l'AIBD, malgré l'expertise accumulée par ses agents. Parallèlement, les aéroports de Saint-Louis et de Ziguinchor, récemment rénovés, ont été confiés à l'ASECNA. Pour les agents, ces décisions privent l'entreprise de ses leviers de croissance et contreviennent à l'objectif initial de démocratisation du transport aérien national.
Conséquences socio-économiques et logistiques
La fermeture de l'aéroport de Yoff aux vols commerciaux ne se limite pas à un enjeu administratif ; elle entraîne des répercussions directes sur l'économie locale et la mobilité des citoyens. La suppression de cette plateforme de proximité allonge les temps de trajet vers l'aéroport international de Diass, posant des défis majeurs pour les évacuations sanitaires urgentes et le tissu économique environnant. Plus de 1 000 emplois précaires auraient été supprimés dans le sillage de ces réorganisations, fragilisant davantage les populations riveraines.
Un appel à la souveraineté opérationnelle
Face à ce qu'ils qualifient d'« euthanasie planifiée », les représentants des travailleurs plaident pour une reprise en main de l'exploitation commerciale par les nationaux. Ils soutiennent que la cohabitation entre les missions régaliennes de sécurité, dévolues à l'armée, et l'exploitation commerciale, confiée à l'AIBD, est techniquement viable. L'enjeu est désormais de savoir si les autorités sénégalaises accepteront de réviser ces décrets pour redonner à l'AIBD les moyens de piloter la stratégie aéroportuaire du pays, plutôt que de laisser l'outil de travail se désagréger sous le poids des décisions politiques successives.