La sortie médiatique de l'agronome Souleymane Bassoum, qualifiant de « catastrophe » le projet agro-industriel SM10 Agro porté par Sadio Mané à Bambali, a suscité un vif débat au Sénégal. Au-delà de la controverse, cette prise de position met en lumière des défis techniques majeurs liés à la gestion des filières agricoles à grande échelle.
L'expertise au service d'une critique technique
Souleymane Bassoum, dirigeant de l'exploitation Quality Fruit Sénégal (QFS) à Mont-Rolland, fonde ses réserves sur des impératifs agronomiques. Son argument central repose sur la gestion des récoltes : regrouper 500 hectares de manguiers sur un site unique entraînerait une saturation logistique lors de la période de maturité, concentrée sur environ 45 jours. L'agronome souligne également les contraintes liées à l'éthylène, gaz naturel émis par le fruit qui accélère son mûrissement et complique le stockage de volumes importants. Il préconise une diversification géographique des plantations à travers les zones agroécologiques du pays pour échelonner la production.
Le modèle de Mont-Rolland en perspective
Le parcours de Souleymane Bassoum, dont l'entreprise emploie jusqu'à 2 000 personnes en haute saison, sert de base à sa crédibilité. Son modèle économique à Mont-Rolland se distingue par une gestion foncière concertée avec les populations locales, évitant l'achat ou la vente de terres au profit d'un partenariat. Ce système, qui a permis de redistribuer des revenus issus de l'exportation aux propriétaires terriens, est souvent cité comme une alternative aux conflits fonciers récurrents dans le secteur agricole sénégalais.
Divergences sur la stratégie de transformation
La critique de Bassoum n'est pas partagée par tous les experts de la filière. Youssouph Diatta, autre acteur du secteur, souligne que le projet SM10 Agro ne se limite pas à la vente de fruits frais. En intégrant la production de purée, de mangues séchées et de beurre de mangue, le complexe de Sadio Mané pourrait théoriquement prolonger son activité au-delà de la saison de récolte. Si les deux experts s'accordent sur l'intérêt d'une répartition géographique des cultures, ils divergent sur la viabilité immédiate du modèle de Bambali.
Un enjeu de souveraineté et de conservation
Ce débat, bien que polarisé par la notoriété de Sadio Mané, soulève une problématique structurelle : la perte annuelle d'une part significative de la production nationale de mangues faute de capacités de transformation et de conservation suffisantes. En interpellant le projet SM10 Agro, Souleymane Bassoum impose dans l'espace public une réflexion nécessaire sur les risques de concentration agricole et la nécessité d'une stratégie nationale plus robuste pour valoriser durablement les ressources fruitières du pays.