Agriculture au Sénégal : le paradoxe des femmes rurales, piliers de la production mais privées de foncier

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 45 lectures
Agriculture au Sénégal : le paradoxe des femmes rurales, piliers de la production mais privées de foncier

Au Sénégal, les femmes constituent le socle de la sécurité alimentaire et de la production vivrière, contribuant à hauteur de 27 % à la valeur ajoutée du secteur agricole. Pourtant, une persistance des pratiques coutumières et un accès limité aux ressources productives maintiennent ces actrices majeures dans une précarité foncière et financière structurelle.

Un poids économique sous-évalué

L'entrepreneuriat féminin dans l'agriculture informelle sénégalaise a généré 458,4 milliards de FCFA en 2022, selon des données de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et d'ONU-Femmes. Malgré cette performance, les femmes restent largement sous-représentées dans la gestion des exploitations. L'indice de parité nationale, qui mesure la proportion de femmes responsables de parcelles, plafonne à 0,2, illustrant une réalité où, pour dix responsables de terres, seulement deux sont des femmes. Cette situation est exacerbée par un accès restreint aux équipements motorisés : les hommes détiennent 68 % des tracteurs et motopompes, contre 32 % pour les femmes, limitant ainsi les capacités de mécanisation et de développement des activités de transformation.

Le poids des coutumes face à la loi

Si le cadre juridique sénégalais consacre formellement l'égalité d'accès à la terre, son application sur le terrain se heurte aux traditions. Dans de nombreuses localités, les femmes n'accèdent au foncier que par le biais de leur mari ou de leur communauté, sans garantie de sécurité juridique. À Kaolack, certaines pratiques tendent même à cantonner les femmes aux terres les moins fertiles, dites « terres salées ». À l'inverse, des régions comme Sédhiou et Ziguinchor, en Casamance, affichent des indices de parité plus élevés (0,6 et 0,3), portés par des configurations socioculturelles qui reconnaissent historiquement un rôle plus affirmé aux femmes dans la gestion des ressources.

L'effet domino de l'insécurité foncière

Pour les chercheuses de l'Initiative prospective agricole et rurale (IPAR), l'absence de droits fonciers sécurisés déclenche un effet domino préjudiciable à l'ensemble de l'économie rurale. L'impossibilité de posséder la terre empêche l'accès au crédit bancaire et freine tout investissement durable. Cette précarité se traduit également par des conditions de travail pénibles, certaines agricultrices étant contraintes de cultiver des parcelles situées à plusieurs kilomètres de leur foyer, augmentant leur fatigue et leur vulnérabilité sécuritaire. Si 60 % des femmes rurales sont désormais sensibilisées à leurs droits fonciers, le défi reste la mise en œuvre effective de ces dispositions légales pour transformer cette contribution économique en un levier de développement autonome.

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