Le secteur agricole sénégalais, pilier économique employant près de 70 % de la population active, connaît une dynamique d'investissement sans précédent. Entre initiatives privées, grands groupes industriels et stratégies étatiques, ces acteurs majeurs cherchent à transformer la production locale pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la sécurité alimentaire du pays.
Le projet SM10 Agro de Sadio Mané à Sédhiou
L'international sénégalais Sadio Mané investit 11,7 milliards de francs CFA dans un complexe agro-industriel situé dans son village natal de Bambali. Ce projet de 500 hectares vise à structurer la filière mangue, dont 30 à 40 % de la production régionale est actuellement perdue faute d'infrastructures. Avec une capacité de traitement de 8 500 tonnes par an, le site intégrera des unités de transformation, un centre de recherche et un pôle de formation, promettant la création de plus de 1 000 emplois directs.
L'essor de l'agro-industrie et la puissance des ICS
Le groupe Sedima, dirigé par Anta Babacar Ngom, demeure une référence historique de l'intégration verticale dans l'aviculture, couvrant toute la chaîne de valeur. Parallèlement, les Industries chimiques du Sénégal (ICS) renforcent leur rôle stratégique. En octobre 2025, l'entreprise a acté un programme d'investissement de 126 milliards de francs CFA pour moderniser ses usines d'engrais. L'objectif est de porter la production à 400 000 tonnes par an, tout en ajoutant une unité de production de Single Super Phosphate, consolidant ainsi la souveraineté agricole par la valorisation du phosphate local.
La mobilisation des leviers publics et interprofessionnels
L'État sénégalais diversifie ses modes de financement au-delà des subventions classiques. Le Fonds souverain d'investissements stratégiques (Fonsis) s'est associé à la Sodagri pour dynamiser le potentiel agricole de la Casamance. Dans le même temps, le Comité interprofessionnel de la filière riz (Ciriz) pilote, avec le ministère de l'Agriculture, un contrat-programme 2026-2030. Cette stratégie, axée sur la vallée du fleuve Sénégal, vise l'autosuffisance rizicole, avec déjà 27 000 hectares emblavés lors de la campagne 2025-2026, s'inscrivant dans l'Agenda national de transformation Sénégal 2050.