Une série de meurtres visant des femmes dans la banlieue de Johannesburg a plongé l'Afrique du Sud dans une profonde indignation. Alors que dix corps ont été retrouvés en l'espace de deux mois, la société civile dénonce l'incapacité des autorités à endiguer un fléau que le gouvernement lui-même qualifie de « catastrophe nationale ».
Une spirale de violence insoutenable
La découverte macabre de neuf femmes, retrouvées mutilées et dénudées, a été suivie par la découverte d'une dixième victime à Soweto le 20 septembre. Parmi ces disparitions, celle d'Elizabeth Moselakgomo, une joggeuse de 38 ans, a cristallisé l'émotion nationale. Si des interpellations ont eu lieu, notamment dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Jabulile Ntimba, ces faits s'inscrivent dans un contexte alarmant : le pays enregistre quotidiennement environ 60 homicides, avec un taux de féminicides estimé à cinq fois la moyenne mondiale.
La faillite des réponses institutionnelles
Face à cette crise, la réponse des autorités est jugée insuffisante par les organisations de défense des droits humains. La police sud-africaine, critiquée pour ses recommandations enjoignant les femmes à limiter leurs déplacements, est pointée du doigt pour ses carences structurelles. L'association Action Society dénonce notamment l'absence de statistiques détaillées sur les violences sexistes dans les rapports officiels depuis 2025, ainsi que des dysfonctionnements persistants dans l'analyse des preuves ADN. Pour les experts, cette opacité statistique empêche toute stratégie de prévention efficace.
Le poids de la responsabilité sur les victimes
La Commission sud-africaine des droits de l'Homme (SAHRC) rappelle que ces violences privent les citoyennes de leurs droits fondamentaux à la vie et à la liberté, garantis par la Constitution. Les spécialistes en criminologie, à l'instar du Dr Tara Farrer Harris, soulignent le danger de faire peser la responsabilité de la sécurité sur les femmes elles-mêmes. En exigeant des citoyennes qu'elles modifient leurs habitudes quotidiennes pour échapper aux agresseurs, l'État se dédouanerait de son obligation de garantir la sécurité dans l'espace public.
Un enjeu de sécurité nationale
Malgré les promesses du président Cyril Ramaphosa et les déclarations fermes des autorités provinciales du Gauteng, la réalité du terrain reste marquée par une insécurité chronique. Avec plus de 35 % des femmes sud-africaines ayant déjà subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie, la mobilisation actuelle dépasse le cadre des faits divers pour devenir une exigence de réforme profonde du système judiciaire et policier. La société civile continue d'exiger des actes concrets pour transformer ces engagements politiques en une protection réelle des citoyennes.