Cinq ans après leur retour au pouvoir, les talibans ont instauré un système où les femmes afghanes, privées d’éducation et de liberté, ne peuvent plus ni étudier la médecine ni se faire soigner par d’autres femmes. Un reportage révèle l’absurdité d’un système qui, tout en maintenant des hôpitaux réservés aux patientes, interdit aux professionnelles de santé de travailler.
Les faits essentiels
Depuis le 15 août 2021, date du retour des talibans en Afghanistan, les femmes sont systématiquement exclues de l’accès aux études supérieures, y compris dans le domaine médical. Pourtant, le régime impose une règle paradoxale : seules les soignantes peuvent examiner ou soigner des patientes. Résultat, les hôpitaux et cliniques réservés aux femmes, autrefois animés par des médecins et infirmières formées, se retrouvent dépourvus de personnel qualifié. Un reportage récent a tenté de documenter cette situation, mais les autorités ont rapidement restreint l’accès aux lieux de soins, allant jusqu’à interdire le tournage des patientes et des soignantes.
Les images capturées montrent des salles de consultation vides, symbolisant l’effacement progressif des femmes de l’espace public et professionnel. Les talibans, en maintenant cette contradiction entre interdiction et nécessité, illustrent une politique de marginalisation systémique, où l’accès aux soins devient un privilège plutôt qu’un droit.
Pourquoi c'est important
Cette situation révèle une crise sanitaire et sociale majeure en Afghanistan. L’exclusion des femmes des facultés de médecine prive le pays d’une partie essentielle de son personnel soignant, alors que les besoins en santé féminine restent critiques. Les hôpitaux pour femmes, autrefois fonctionnels, voient leur capacité de prise en charge s’effondrer faute de personnel formé. Cette politique, en plus de violer les droits fondamentaux, aggrave les inégalités d’accès aux soins et menace la santé des millions de femmes afghanes.
Le paradoxe est frappant : un régime qui interdit aux femmes de travailler dans le secteur médical tout en maintenant des structures de soins réservées aux femmes. Cette contradiction expose l’absurdité d’un système où les besoins de la population sont sacrifiés au nom d’une idéologie restrictive. Les conséquences se mesurent déjà en termes de mortalité maternelle, de complications médicales non traitées et de détérioration des conditions de vie des Afghanes.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments restent à observer dans les mois à venir. D’abord, l’évolution des restrictions imposées aux journalistes et aux observateurs internationaux, qui pourraient limiter davantage la documentation de cette crise. Ensuite, la réaction de la communauté internationale, dont l’aide humanitaire et médicale pourrait être redirigée ou conditionnée par cette situation. Enfin, les initiatives locales ou clandestines visant à former des femmes à la médecine, malgré l’interdiction, pourraient émerger comme une réponse à l’effondrement du système de santé.
Une autre incertitude porte sur la capacité des hôpitaux pour femmes à maintenir leurs activités, alors que le personnel qualifié se raréfie. Si aucune solution n’est trouvée, la dégradation des soins pourrait s’accélérer, avec des répercussions durables sur la santé publique en Afghanistan.