L'affaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo fait l'objet de vives inquiétudes quant à l'indépendance de la justice camerounaise. Le politologue Moussa Njoya pointe du doigt une stratégie coordonnée visant à écarter les magistrats explorant des pistes d'enquête jugées sensibles, menaçant ainsi l'éclatement de la vérité.
Une instabilité inédite au sein du tribunal militaire
Le dossier Martinez Zogo, ouvert depuis plus de trois ans, est marqué par une instabilité procédurale sans précédent dans l'histoire de la justice militaire camerounaise. Selon Moussa Njoya, le remplacement successif de trois juges d'instruction et de deux commissaires du gouvernement témoigne d'une volonté d'évincer systématiquement les magistrats qui s'intéressent à des pistes alternatives, notamment celle d'un second commando ayant pu déplacer le corps de la victime vers une scène secondaire.
Le mécanisme de pression sur les acteurs judiciaires
L'analyse souligne l'existence d'une machine répressive visant à discréditer tout magistrat s'écartant de la ligne directrice imposée. Ce dispositif s'appuierait sur une coalition hétéroclite composée de certains lanceurs d'alerte, de médias ciblés et même de membres de la partie civile. Ces acteurs mèneraient des campagnes de dénigrement, accusant de corruption les magistrats récalcitrants tout en cherchant à protéger des personnalités haut placées, dont les noms ont été évoqués au cours des débats judiciaires.
L'enjeu de la mutation du commissaire du gouvernement
La récente mutation du commissaire du gouvernement, Cerlin Belinga, est perçue par les observateurs comme une étape clé de cette stratégie. Ce mouvement intervient après des audiences où des incohérences majeures dans l'enquête préliminaire ont été exposées et où des liens téléphoniques entre divers protagonistes ont été mentionnés. Pour Moussa Njoya, cette éviction, saluée par les mêmes réseaux ayant orchestré les campagnes de dénigrement, laisse craindre une volonté d'enterrer définitivement le dossier avant qu'une décision de justice, potentiellement déconnectée de la réalité des faits, ne soit rendue.
Vers une fragilisation de la vérité judiciaire
La crainte exprimée est celle d'une justice instrumentalisée, où le remplacement des substituts du commissaire du gouvernement, Ze Ekotto et Anicet Tchateu, pourrait constituer la prochaine étape. Cette dynamique soulève des questions fondamentales sur l'équité du procès et la capacité des institutions judiciaires à mener une enquête impartiale, indépendamment des pressions politiques et des intérêts personnels des parties prenantes.