Le différend entre le dirigeant malien Moussa Touré, à la tête d’Espacyl, et l’ancien intermédiaire ivoirien Lucien Tapé Mambo porte sur une commission prétendue sur le marché de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN). Le litige a conduit à la détention du septuagénaire, qui réclame à la fois le paiement de sa rémunération et la reconnaissance d’un faux document.
Conflit de commissions et accusation de faux
Lucien Tapé Mambo, fondateur des Établissements Zaraga, affirme avoir mis en relation Espacyl avec le Comité d’organisation de la CAN (COCAN) et, en contrepartie, aurait dû percevoir une commission d’apporteur d’affaires. Selon ses dires, le marché a généré une avance de 11 milliards de FCFA, suivie de paiements complémentaires, mais aucune somme ne lui aurait été versée. Moussa Touré, interrogé par les enquêteurs, soutient que Mambo aurait présenté une convention falsifiée pour justifier sa facture. La police économique a mandaté une expertise scientifique qui, à ce jour, n’a pas encore abouti à une contre‑expertise demandée par le défendeur.
Enquête sur d’éventuels pots‑de‑vin et blanchiment
Lors d’une audition, Moussa Touré aurait mentionné le versement d’environ un milliard de FCFA en pots‑de‑vin à des personnalités liées au COCAN, dont un reliquat de 650 millions de FCFA. Si ces allégations se confirment, elles relèveraient de la corruption et du blanchiment de fonds publics. En revanche, si elles s’avèrent infondées, elles constitueraient une diffamation grave. Dans les deux hypothèses, les autorités judiciaires et administratives sont appelées à mener un audit complet des marchés attribués à la CAN.
Le différend du bureau d’études BECIC
Le bureau d’études béninois BECIC, dirigé par Kocou M. Emmanuel Ahouantchede, a également saisi la justice. Engagé par Moussa Touré pour monter trois dossiers d’une valeur totale d’environ 31 milliards de FCFA (fourniture d’équipements à la RTI, réhabilitation et livraison de 30 ambulances), BECIC réclame 300 millions de FCFA, soit 100 millions par dossier. Aucun contrat écrit n’aurait été signé, mais le directeur affirme que les promesses de paiement ont été confirmées en présence de Lucien Tapé Mambo. À ce jour, BECIC n’a reçu aucun règlement.
Conditions de détention du demandeur et enjeux sanitaires
Lucien Tapé Mambo, âgé de plus de 70 ans et sous dialyse trois fois par semaine, supporte les frais de traitement – estimés à 500 000 FCFA par semaine – depuis sa cellule. Sa demande de mise en liberté provisoire, invoquant une urgence humanitaire, a été ajournée en attendant l’audition des témoins et la désignation d’un nouvel expert graphologique. Une greffe de rein, envisagée, reste bloquée, ce qui accentue la pression médicale et juridique autour de son cas.