Un apprenti tailleur de Dakar a comparu devant la Chambre criminelle pour avoir tenté d’empoisonner son employeur avec une substance toxique introduite dans une bouteille de bissap. L’affaire, qui remonte à 2023, a donné lieu à un procès marqué par des aveux initiaux, un revirement de l’accusé et une demande de peine lourde de la part du parquet.
Un projet criminel présumé
Daouda Diop, apprenti dans un atelier de couture de la capitale sénégalaise, est accusé d’avoir introduit un produit toxique dans le jus de bissap de son patron. Selon l’accusation, son objectif aurait été de provoquer la mort de ce dernier afin de s’emparer de l’atelier. L’enquête révèle que l’apprenti percevait une rémunération journalière et entretenait une relation professionnelle avec son employeur, avant que les soupçons ne pèsent sur lui.
Le projet aurait échoué après que Mouhamadou Yacine Diallo, le patron, ait remarqué un goût amer et une couleur anormale dans le bissap. Alerté par ces signes, il aurait interpellé l’apprenti, qui aurait reconnu avoir touché à la bouteille. Une plainte a ensuite été déposée pour déterminer la nature exacte de la substance introduite.
Des aveux initiaux puis un revirement
Lors de son arrestation et pendant l’enquête, Daouda Diop aurait reconnu les faits, déclarant avoir agi dans l’intention de tuer son employeur. Ces aveux ont constitué un élément central du dossier d’accusation. Cependant, lors de son procès, l’accusé a changé de version, affirmant que la substance était en réalité une « potion mystique » destinée à le protéger. Il a également soutenu que la bouteille lui était personnellement destinée et que son patron s’était trompé de récipient.
Cette nouvelle version contredit ses premières déclarations, où il aurait admis vouloir provoquer la mort de son employeur. Les photographies du produit toxique saisi lors de sa garde à vue ont été présentées comme preuve, mais l’accusé a nié en connaître l’origine.
Un pardon de la victime, mais des faits maintenus
Mouhamadou Yacine Diallo, la victime présumée, a déclaré avoir pardonné à son ancien apprenti. Il a cependant confirmé devant la juridiction que Daouda Diop avait bien introduit une substance dans son bissap. Selon son témoignage, une vieille dame aurait laissé une bouteille dans l’atelier, et c’est après en avoir bu une gorgée qu’il aurait remarqué un goût inhabituel et un changement de couleur du liquide.
L’accusé aurait d’abord affirmé avoir mis son médicament dans la bouteille, avant de changer de récit en évoquant une demande d’un marabout pour s’emparer du local. Malgré ces contradictions, la victime a maintenu son pardon envers l’apprenti.
Une peine de 20 ans requise
Le ministère public a requis une peine de vingt ans de réclusion criminelle contre Daouda Diop. L’accusation s’appuie sur ses aveux initiaux, la nature et la quantité du produit utilisé, jugés suffisants pour provoquer la mort. Le procureur a souligné que le mobile était établi : l’apprenti aurait tenté d’éliminer son patron pour prendre sa place à la tête de l’atelier.
La défense, représentée par Me Ndiogou Ndiaye, a plaidé pour une application bienveillante de la loi, invoquant la situation personnelle de l’accusé et son « inconscience ». L’avocat a insisté sur la nécessité de favoriser la resocialisation plutôt qu’une sanction lourde. La juridiction n’a pas encore rendu sa décision, le délibéré étant fixé au 11 août 2026.