La sortie médiatique de l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale, Moustapha Cissé Lô, visant à défendre Serigne Bassirou Guèye dans l'affaire des villas du Point E, a produit un effet contre-productif. En reprenant à son compte des éléments factuels contestés par l'ancien procureur lui-même, Cissé Lô a involontairement complexifié un dossier déjà sous le feu d'une commission d'enquête parlementaire.
Une confusion sur les faits et la nature des baux
Le cœur du malaise réside dans la divergence entre les déclarations de Yaya Abdoul Kane, ancien directeur de la SOGEPA, et celles de Serigne Bassirou Guèye. Devant la commission parlementaire, Yaya Abdoul Kane a affirmé que deux villas avaient été attribuées à l'ancien procureur via des baux emphytéotiques de 99 ans pour un loyer mensuel de 100 000 francs CFA, sur ordre de l'ancien président Macky Sall. Moustapha Cissé Lô a choisi de valider cette version pour en minimiser la portée, qualifiant la polémique de « futile ». Or, Serigne Bassirou Guèye rejette formellement ces affirmations, qualifiant les propos de l'ancien directeur de « fausses déclarations » et précisant que les 100 000 francs CFA correspondent à une indemnité de logement retenue sur salaire, et non à un loyer.
La normalisation d'une pratique comme ligne de défense
Pour justifier l'attribution de ces biens, Moustapha Cissé Lô a invoqué une tradition administrative remontant à l'ère Senghor, arguant que la cession de biens publics à des personnalités est une pratique historique au Sénégal. Si cet argument vise à dédramatiser la situation, il s'avère à double tranchant : en normalisant une pratique ancienne, il conforte l'idée d'un système discrétionnaire que la commission parlementaire cherche précisément à auditer. Cette ligne de défense entre en contradiction directe avec celle de Serigne Bassirou Guèye, qui insiste sur la régularité administrative de sa procédure et les investissements personnels réalisés pour la rénovation des lieux, plutôt que sur l'obtention d'une faveur politique.
L'exigence d'une équité dans les investigations
Au-delà des maladresses, Moustapha Cissé Lô soulève une interrogation sur l'impartialité des enquêtes en cours. Il plaide pour que l'examen du patrimoine bâti de l'État ne se focalise pas sur un individu unique, mais s'étende à l'ensemble des personnalités ayant exercé de hautes fonctions depuis l'indépendance. Ce rappel à la continuité de l'État et à l'égalité de traitement résonne dans un contexte où la commission doit prouver la neutralité de ses travaux. Alors que les conclusions de l'enquête sont toujours attendues, le dossier reste marqué par une confrontation de versions où la présomption d'innocence demeure le principe cardinal, loin des interprétations politiques qui entourent désormais l'affaire.