Le gouvernement ghanéen a officiellement acté sa volonté de rejoindre les BRICS en tant que partenaire, cherchant à élargir ses horizons diplomatiques et économiques. Si cette décision s'inscrit dans une politique de non-alignement historique, elle soulève des interrogations majeures sur la capacité du pays à transformer cette opportunité en levier de développement réel face à des défis structurels persistants.
Une stratégie de diversification diplomatique
Pour les autorités ghanéennes, l'intégration au bloc des BRICS — qui regroupe désormais des puissances émergentes comme le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Égypte ou encore l'Éthiopie — est présentée comme un moyen de renforcer la coopération Sud-Sud. L'objectif affiché est de diversifier les sources de financement du développement et d'attirer des investissements directs étrangers (IDE). En s'appuyant sur sa doctrine de non-alignement, héritée de l'ère Nkrumah, le Ghana espère naviguer entre ses partenaires traditionnels occidentaux et ce nouveau bloc, sans pour autant compromettre ses relations avec le FMI, la Banque mondiale ou les marchés européens et américains.
Le poids de la corruption et des irrégularités financières
L'adhésion aux BRICS ne constitue toutefois pas une solution miracle aux maux économiques du pays. La corruption demeure un frein majeur, coûtant chaque année plus de 3 milliards de dollars au Ghana, selon la Commission nationale pour l'éducation civique (NCCE). Cette hémorragie financière, couplée à des irrégularités récurrentes dans la gestion des fonds publics, menace de neutraliser les bénéfices potentiels de tout nouvel investissement. Le rapport 2025 de l'auditeur général a d'ailleurs mis en lumière 5,2 milliards de GH₡ d'irrégularités, dont une large part liée à des infractions fiscales, soulignant une défaillance persistante des contrôles internes au sein des institutions publiques.
Le défi de l'industrialisation nationale
Au-delà de la gouvernance, le Ghana fait face à un risque stratégique : celui de devenir un simple marché de consommation pour les géants industriels des BRICS sans parvenir à transformer ses propres ressources naturelles. La question centrale pour les décideurs ghanéens est de savoir si ce partenariat permettra de renforcer les capacités industrielles locales ou s'il se limitera à une exploitation accrue des matières premières. Sans une stratégie industrielle claire et une rigueur accrue dans la gestion des revenus issus des futurs investissements, le risque est grand de voir les retombées économiques rester illusoires pour les populations, malgré l'appartenance à ce bloc qui représente désormais plus d'un quart de l'économie mondiale.