Meta vient de céder aux États-Unis : ses plateformes Instagram et Facebook seront limitées à deux heures quotidiennes pour les 13-17 ans, avec coupure nocturne et notifications silencieuses pendant les cours. Cet accord, conclu après des années de procédures accusant les réseaux sociaux de nuire à la santé mentale des adolescents, ravive les attentes européennes. La Commission européenne exige désormais que le groupe californien applique des protections équivalentes sur le territoire de l'Union, où une enquête est déjà ouverte sur les interfaces jugées trop addictives.
L'accord américain : un nouveau cadre pour les adolescents
Dans les six prochains mois, les utilisateurs américains âgés de 13 à 17 ans verront Instagram s'éteindre automatiquement de minuit à 6 heures du matin, avec maintien uniquement des messages privés. Sur l'ensemble de la journée, le temps d'usage cumulé sur Instagram et Facebook ne pourra dépasser deux heures. Les notifications resteront muettes durant les cours, les « likes » masqués par défaut, certains filtres morphologiques bloqués et un rappel de pause s'affichera après quinze minutes d'utilisation continue. Seuls les parents pourront assouplir ces paramètres. Meta s'est engagé à verser jusqu'à 17 milliards de dollars sur dix ans dans le cadre de cet arrangement avec 29 États américains.
Bruxelles : « la balle est dans le camp de Meta »
Au lendemain de l'annonce, la Commission européenne a demandé à Meta de proposer des mesures concrètes applicables aux mineurs européens. Le Digital Services Act (DSA) offre à Bruxelles un levier juridique : depuis 2024, une enquête examine la manière dont Instagram et Facebook sont conçus, notamment leurs systèmes de recommandation et leurs mécanismes susceptibles de favoriser l'addiction. En juillet, la Commission a franchi un cap en estimant, à titre préliminaire, que certaines fonctionnalités — défilement infini, lecture automatique, personnalisation des recommandations — pouvaient enfreindre les obligations du DSA.
L'ancien commissaire européen Thierry Breton rappelle que « neuf des décisions imposées maintenant étaient des décisions que Meta devait déjà appliquer en Europe depuis 2023 ». En cas de manquement au DSA, Meta s'expose théoriquement à une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires annuel mondial, même si une sanction financière ne contraint pas directement le groupe à modifier les fonctionnalités visées.
La France face à l'impasse de l'interdiction
Le gouvernement français avait tenté une approche différente : interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Mais le Conseil constitutionnel a censuré cette mesure cet été, jugée portant une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression. La voie française privilégie désormais la régulation par le temps d'usage plutôt que par l'âge. Anne Le Hénaff, ministre déléguée au Numérique, salue les mesures américaines tout en émettant une réserve : limiter Instagram à deux heures ne résoudra rien si un adolescent enchaîne ensuite deux heures sur TikTok puis une heure sur YouTube. La régulation, insiste-t-elle, doit responsabiliser l'ensemble des plateformes.
Un précédent qui pourrait s'étendre à tout le secteur
L'accord dépasse le seul cas Meta : TikTok, Snapchat et YouTube sont également dans le viseur des autorités américaines. Si le groupe de Mark Zuckerberg accepte de restreindre l'usage des adolescents, ses concurrents peineront à justifier le maintien du statu quo. Reste une inconnue majeure : Bruxelles parviendra-t-elle à transformer ce précédent politique en obligations juridiques durables, contraignant l'ensemble des plateformes sur le marché européen ?