L'ingénieur burkinabè Aboubacar Ouattara s'est donné pour mission de briser la barrière linguistique qui marginalise les langues africaines dans le développement de l'intelligence artificielle. À travers son entreprise Djelia, il développe des outils technologiques pour permettre aux machines de comprendre et de parler des langues comme le bambara, transformant ainsi l'accès aux services numériques pour des millions d'utilisateurs.
De Bobo-Dioulasso à l'expertise internationale en IA
Le parcours d'Aboubacar Ouattara illustre une trajectoire technologique globale. Après un baccalauréat obtenu à Bobo-Dioulasso en 2017 et des études d'informatique au Maroc, il s'est spécialisé en intelligence artificielle à l'Université Laval au Québec. Son expérience professionnelle, forgée entre le Canada et les États-Unis, l'a conduit à travailler sur des systèmes complexes, allant de la détection d'anomalies financières à l'optimisation d'agents conversationnels dans le secteur de la santé. Cette expertise technique lui permet aujourd'hui d'aborder les enjeux de l'IA avec une rigueur centrée sur la fiabilité et l'utilité réelle des solutions déployées.
Djelia : donner une voix numérique aux langues africaines
Le constat est simple : les modèles d'IA actuels sont largement entraînés sur des données anglophones ou francophones, laissant de côté une vaste diversité linguistique. Avec Djelia, cofondée en 2024, Aboubacar Ouattara et ses associés développent trois briques technologiques essentielles : la transcription, la traduction et la synthèse vocale. L'enjeu dépasse la simple prouesse technique. Il s'agit de permettre à des outils comme les assistants vocaux ou les services publics numériques d'être accessibles oralement dans les langues locales, évitant ainsi qu'une nouvelle fracture numérique ne se creuse entre les langues comprises par les machines et celles qui en sont exclues.
Souveraineté culturelle et inclusion numérique
Pour l'ingénieur, l'intégration des langues africaines dans l'IA est une question de souveraineté culturelle. Si les interfaces de demain deviennent conversationnelles, l'absence de langues locales dans ces systèmes équivaudrait à une forme d'exclusion technologique durable. En travaillant sur ces modèles, Aboubacar Ouattara ne cherche pas seulement à adapter des technologies existantes, mais à construire les compétences et les bases de données nécessaires pour que les Africains soient acteurs de cette évolution. Son travail, présenté notamment lors d'IndabaX Burkina, démontre que la distance géographique n'empêche pas une contribution directe aux problématiques du continent.
L'entrepreneuriat comme levier de transformation
Avant de se consacrer à l'IA, Aboubacar Ouattara a expérimenté l'entrepreneuriat local avec LaafiSoft, une plateforme de gestion de rendez-vous médicaux à Ouagadougou récompensée par le ministère chargé de la Transformation digitale en 2021. Cette expérience lui a inculqué une leçon fondamentale : la technologie n'est pertinente que lorsqu'elle résout un problème concret. Aujourd'hui, en tant que consultant et entrepreneur, il continue d'appliquer cette approche pragmatique, convaincu que le prochain milliard d'utilisateurs du numérique ne devrait pas être contraint de s'exprimer en anglais pour interagir avec les outils de demain.