À la veille d'échéances diplomatiques majeures à Washington, l'ancien ministre de l'Économie Abdourahmane Sarr appelle le gouvernement sénégalais à la plus grande vigilance concernant la gestion de sa dette. Il s'oppose fermement à un recours immédiat au Cadre commun du FMI, craignant que le pays ne serve de terrain d'expérimentation pour une restructuration jugée prématurée.
Un enjeu de liquidité plutôt que d'insolvabilité
Pour l'ancien économiste du FMI, la situation financière du Sénégal ne doit pas être confondue avec une incapacité structurelle à honorer ses engagements. Abdourahmane Sarr soutient que le pays fait face à une tension de liquidité conjoncturelle, mais qu'il conserve des marges de manœuvre significatives. Selon lui, le marché financier régional offre encore des capacités de financement qui permettraient d'éviter une restructuration lourde, à condition de poursuivre les ajustements budgétaires nécessaires sans précipiter une décision irréversible.
L'inadéquation des outils d'évaluation du FMI
L'une des critiques majeures formulées par le président du CEFDEL porte sur la méthodologie utilisée par les institutions internationales. Il souligne que le cadre d'analyse appliqué aux pays à faible revenu n'est plus pertinent pour le Sénégal, qui a désormais un accès régulier aux marchés financiers. Cette incertitude méthodologique, couplée au fait que les critères du FMI sont actuellement en cours de révision, rendrait toute décision d'engager le pays dans le Cadre commun particulièrement risquée et inappropriée à l'heure actuelle.
Préserver la souveraineté financière régionale
Au-delà de la gestion immédiate de la dette, Abdourahmane Sarr met en garde contre les conséquences réelles d'une telle orientation sur la notation financière du pays et la confiance des investisseurs. Il préconise une stratégie alternative axée sur la mobilisation des financements concessionnels et l'intégration des arriérés intérieurs dans la planification budgétaire. À terme, il exhorte les autorités à renforcer le marché financier de l'UEMOA et à engager une réflexion profonde sur la réforme du régime monétaire régional, afin de consolider durablement la souveraineté financière du Sénégal.