Originaire de Guinée, Abdoul Karim Diallo a troqué la vente de matelas contre la couture à Abidjan, où il a bâti une activité prospère malgré des débuts difficiles. Son parcours illustre la résilience des migrants africains dans l’économie informelle, entre opportunités et risques persistants.
Un virage professionnel inattendu à Abidjan
Arrivé en Côte d’Ivoire en 2013, Abdoul Karim Diallo a d’abord exercé comme vendeur de matelas à Conakry, avant de tout abandonner pour rejoindre sa famille installée à Abidjan. C’est là, dans le quartier d’Adjamé, qu’il découvre l’univers de la couture, un métier qu’il méprisait en Guinée. Pourtant, grâce à l’héritage familial et à une intégration progressive, il s’y investit pleinement à partir de 2013. Aujourd’hui, son atelier, situé au troisième étage d’un immeuble du carrefour Roxy, tourne à plein régime, sans jour de repos.
L’artisanat, une activité sans répit mais lucrative
Dans ce secteur où la concurrence est féroce, Abdoul Karim mise sur la concentration et la rigueur pour couvrir ses frais. « Nous n’avons ni jour férié ni dimanche. Les clients sont toujours là, et presque tout l’immeuble est occupé par des couturiers », explique-t-il. Cette densité d’activités crée un écosystème où la visibilité et la clientèle se construisent par la proximité. Pourtant, derrière cette apparente prospérité se cachent des défis structurels, notamment la gestion des risques financiers liés aux commandes à crédit.
La confiance, un pilier fragile dans les échanges transfrontaliers
Abdoul Karim travaille avec des clients internationaux, principalement au Burkina Faso, au Niger, au Mali et en Guinée. Initialement, les transactions se faisaient en cash pour des commandes modestes (250 000 à 500 000 F CFA). Avec le temps, la confiance s’est installée, permettant des échanges à plus grande échelle : jusqu’à 1 million de F CFA pour 200 complets, avec paiement différé. Mais cette relation de confiance reste précaire. « Certains abusent de nous après avoir commandé des lots importants », confie-t-il, soulignant l’usure psychologique que génèrent ces pratiques. Ce phénomène, généralisé dans le secteur, pousse les artisans à trouver un équilibre entre expansion commerciale et protection de leurs intérêts.
L’économie informelle, entre opportunités et précarité
Son parcours reflète les réalités de l’économie informelle en Afrique de l’Ouest, où la migration et l’artisanat jouent un rôle clé dans la survie des ménages. Malgré l’absence de sécurité sociale ou de contrats formels, des milliers de migrants comme Abdoul Karim parviennent à s’insérer dans des réseaux commerciaux transfrontaliers. Pourtant, l’absence de cadres légaux expose ces acteurs à des risques permanents, comme l’abus de confiance ou l’exploitation. Pour pérenniser son activité, Abdoul Karim mise sur la transparence et la réputation, deux valeurs qu’il considère comme indispensables dans un milieu où la parole donnée vaut souvent plus qu’un contrat écrit.