L'ancien ministre de l'Urbanisme, Abdou Karim Fofana, a été auditionné par la commission d'enquête parlementaire chargée d'examiner les cessions d'immeubles du patrimoine bâti de l'État. Au cœur des échanges : la convention signée avec la société African Company For Construction and Investment (ACCI) pour le projet Dak Tower, un complexe immobilier situé sur la Corniche Ouest de Dakar.
Genèse et blocage d'un investissement majeur
Devant les parlementaires, l'ancien ministre a rappelé que le dossier trouve ses racines entre 2005 et 2006, sous la présidence d'Abdoulaye Wade. À cette époque, la société ACCI avait obtenu un bail sur un terrain de 2,5 hectares, engageant environ 15 milliards de FCFA dans les fondations du projet. En 2011, l'État avait soutenu cette initiative par un agrément au code des investissements pour un projet global dépassant les 200 milliards de FCFA. Toutefois, le chantier est resté à l'arrêt pendant plus d'une décennie, créant un contentieux potentiel entre l'investisseur et l'administration.
La stratégie de l'indemnisation en nature
Lors de la reprise du dossier en 2019, l'administration a dû composer avec des droits fonciers déjà établis. Abdou Karim Fofana a expliqué que l'État a cherché à réparer un préjudice subi par le promoteur plutôt qu'à mener une opération immobilière directe. La convention actée prévoit que l'entreprise renonce à 15 000 m² de son bail initial au profit de l'État. En contrepartie, pour compenser les investissements déjà réalisés, des terrains de substitution ont été octroyés au promoteur : 3 200 m² près de la zone des ambassades et environ 2 000 m² sur l'emprise de l'ancien aéroport.
Stabilité juridique et enjeux de souveraineté
L'ancien ministre a insisté sur la nécessité de garantir la sécurité contractuelle pour maintenir la confiance des investisseurs internationaux. Il a souligné que, malgré les concessions foncières, l'État demeure propriétaire des sols, le bail ne conférant qu'un droit d'usage limité dans le temps. Cette audition met en lumière la complexité de la gestion du patrimoine foncier public, où l'État doit arbitrer entre ses besoins d'aménagement urbain — incluant des projets d'infrastructures publiques et religieuses — et le respect des engagements contractuels pris par les administrations successives.