Le quartier Keur Serigne Abdoulaye Yakhine, situé à Thiès, se trouve à la croisée des chemins entre tradition spirituelle et impératifs de développement urbain. Si la communauté reste soudée autour de l'héritage de son fondateur, les habitants et les associations locales intensifient leurs plaidoyers auprès des autorités pour résoudre des problèmes structurels d'assainissement qui entravent le quotidien de plus de 10 000 résidents.
Un défi majeur d'assainissement
Malgré une vie communautaire intense, le quartier souffre d'un manque criant d'infrastructures de base. Les voies étroites, souvent inondées lors des saisons des pluies, témoignent d'une urbanisation ancienne qui nécessite une restructuration profonde. Le comité d'organisation et les associations locales, comme « Set ag dimmalante sama gox sama seetu », multiplient les initiatives de salubrité pour pallier les carences administratives. Toutefois, les capacités de vidange et de gestion des eaux usées restent insuffisantes face à l'afflux annuel de milliers de pèlerins venus célébrer le Magal.
L'engagement citoyen comme moteur de changement
Face à la précarité des infrastructures, la jeunesse locale a pris le relais. À travers des actions de reboisement, de peinture murale et de nettoyage régulier, ces habitants cherchent à transformer l'image du quartier, autrefois perçu comme une zone périphérique difficile. Ce dynamisme citoyen s'accompagne d'un dialogue formel avec la mairie de Thiès et l'Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS). Un devis technique pour le raccordement au réseau d'assainissement est actuellement à l'étude, représentant un espoir concret pour les résidents qui envisagent, en cas d'immobilisme, de porter leurs revendications au niveau étatique.
Un leadership spirituel au féminin
La singularité de Keur Serigne Abdoulaye Yakhine réside également dans sa gouvernance spirituelle. Depuis la disparition du fondateur en 1943, le khalifat est exclusivement assuré par des femmes, une tradition instaurée par Serigne Abdoulaye Yakhine lui-même. Sokhna Chaybata, actuelle khalife depuis 2003, incarne cette autorité qui structure la vie sociale et maintient la cohésion du quartier. Cette légitimité féminine, ancrée dans l'histoire locale, renforce l'unité des habitants face aux défis contemporains de leur cité.
Sécurité et évolution des mœurs
Le quartier a su surmonter les stigmates des années 80 et 90, marquées par une insécurité ponctuelle, grâce à la mise en place de comités de vigilance. Aujourd'hui, la sécurité est devenue une évidence, portée par une génération de cadres formés dans le quartier. Cette transformation sociale, couplée à une conscience citoyenne accrue, démontre la capacité de résilience de cette localité thiessoise, qui aspire désormais à une reconnaissance urbanistique à la hauteur de son poids démographique et historique.