À Ouagadougou, la période des vacances scolaires est loin d'être synonyme de repos pour de nombreux enfants issus de milieux modestes. Confrontés aux difficultés économiques de leurs foyers, ces élèves sillonnent les rues de la capitale pour vendre divers produits, transformant leur temps libre en une quête indispensable pour financer leurs futures fournitures scolaires.
L'autofinancement comme levier de scolarisation
Pour des élèves comme Hamidou Ouédraogo, en classe de 5e, le commerce de proximité est une stratégie de survie scolaire. En achetant des lots de cintres à 3 000 francs CFA pour les revendre à l'unité, il parvient à dégager une marge bénéficiaire d'environ 2 000 francs CFA. Ce revenu, bien que modeste et aléatoire, est intégralement destiné à l'achat de cahiers et de stylos. Cette démarche d'autofinancement est partagée par de nombreux jeunes, à l'instar de Dramane Konaté, élève en CE2, qui parcourt quotidiennement plusieurs kilomètres à pied pour écouler des insecticides et des cintres dans les marchés et aux carrefours de la ville.
Une contribution nécessaire à l'équilibre familial
Au-delà de la préparation de la rentrée, le travail des enfants répond parfois à une urgence domestique immédiate. Aminata Sawadogo, élève en CE1, illustre cette réalité : en vendant du manioc bouilli, elle ne cherche pas seulement à couvrir ses besoins scolaires, mais participe activement aux charges quotidiennes du foyer de sa grand-mère. Ces parcours révèlent une solidarité familiale contrainte, où l'enfant devient un acteur économique essentiel pour pallier l'insuffisance des revenus des tuteurs.
Les risques liés à l'exposition sur la voie publique
La présence massive de ces jeunes vendeurs dans les artères de Ouagadougou soulève des préoccupations majeures en matière de protection de l'enfance. En circulant entre les véhicules ou en arpentant seuls les quartiers, ces mineurs s'exposent quotidiennement aux risques d'accidents de la circulation, aux agressions et à diverses formes d'exploitation. Si leur détermination témoigne d'une volonté farouche de poursuivre leurs études, leur situation met en lumière la fragilité des ménages les plus vulnérables.
Un appel à renforcer l'accompagnement social
Le phénomène, récurrent à chaque période de congés, pose la question du droit au repos et de la sécurité des enfants. Si ces petits métiers permettent une forme de résilience individuelle, ils soulignent surtout la nécessité d'un renforcement des politiques d'accompagnement social. L'enjeu est de garantir que la poursuite de la scolarité ne repose pas exclusivement sur les épaules des plus jeunes, et que chaque enfant puisse bénéficier d'un environnement protecteur propice à son développement avant le retour sur les bancs de l'école.