Une terre prélevée au bord de la mer, un savoir-faire transmis depuis 1880 et une divinité hindoue sculptée avec dévotion : à l’île Maurice, la fabrication des murtis de Ganpati incarne un héritage culturel et spirituel toujours vivant.
Un artisanat né dans les prisons coloniales
Krishen Row Appa, ancien assistant surintendant à la prison de BeauBassin, perpétue aujourd’hui un savoir-faire ancestral. Depuis sa retraite l’année dernière, il consacre son temps à façonner des murtis de Ganpati, ces représentations sculptées du dieu hindou à tête d’éléphant, symbole de sagesse et de prospérité. La particularité ? Ces statues sont entièrement réalisées à partir d’une terre prélevée au bord de la mer, selon une technique transmise depuis 1880.
Une terre sacrée, entre tradition et symbolisme
Le choix de cette terre n’est pas anodin. Selon les croyances hindoues, elle porte en elle une énergie spirituelle, liée à la proximité de l’océan, élément purificateur dans l’hindouisme. Les artisans mauriciens, comme Krishen Row Appa, sélectionnent méticuleusement cette argile, la malaxent et la sculptent avant de la laisser sécher au soleil. Le processus, long et minutieux, reflète une dévotion qui dépasse la simple création artistique : il s’agit d’un acte de foi.
Un héritage familial en danger de disparition
Pourtant, cette tradition, transmise de génération en génération, pourrait bien disparaître. Les jeunes générations, attirées par les méthodes industrielles et les matériaux modernes, se détournent de plus en plus de cet artisanat. Krishen Row Appa, conscient de l’urgence, forme désormais ses proches et des apprentis pour sauvegarder ce patrimoine immatériel. « Sans cette transmission, c’est toute une partie de notre histoire qui s’efface », confie-t-il.
Entre modernité et préservation culturelle
Face à la mondialisation et à la standardisation des pratiques religieuses, les murtis artisanaux mauriciens restent un marqueur fort de l’identité hindoue de l’île. Leur fabrication, à la fois artistique et spirituelle, attire l’attention des touristes et des collectionneurs, offrant une vitrine unique à la culture mauricienne. Mais pour combien de temps encore ? La survie de cette tradition dépend désormais de la capacité des communautés à transmettre ce savoir-faire avant qu’il ne tombe dans l’oubli.