À Kenscoff, l’attaque des gangs fait 42 morts : un bilan qui interroge la réponse de l’État haïtien

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 31 lectures
À Kenscoff, l’attaque des gangs fait 42 morts : un bilan qui interroge la réponse de l’État haïtien

L’attaque d’un gang à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince, a fait au moins 42 morts selon les dernières estimations, un bilan qui révèle l’ampleur de la crise sécuritaire en Haïti et l’incapacité des autorités à protéger les populations.

Un bilan en hausse et des victimes civiles ciblées

Le bilan de l’attaque perpétrée entre dimanche soir et lundi matin par des hommes armés a été revu à la hausse à 42 morts, selon la radio locale Tele Galaxie citée par l’agence TASS. Ce chiffre dépasse les 30 victimes initialement évoquées par le maire de Kenscoff, Jean Massillon, qui a souligné les difficultés d’accès et de communication sur place pour établir un décompte définitif. L’organisation haïtienne de défense des droits humains RNDDH a, quant à elle, avancé une fourchette de 30 à 40 morts, tout en reconnaissant l’impossibilité d’un bilan exact en raison des conditions chaotiques.

Parmi les victimes, Mathurin Pierre, un agriculteur de 41 ans, a rapporté à l’Associated Press avoir perdu 14 proches dans l’attaque. Des habitants, désespérés, ont tenté de bloquer une rue en renversant un véhicule pour protester contre l’inaction des forces de l’ordre, illustrant le climat de colère et d’impuissance qui règne dans la région.

Kenscoff, une cible stratégique depuis près de deux ans

Kenscoff, commune agricole dominant Port-au-Prince et ses axes stratégiques, subit des attaques répétées depuis dix-neuf mois. En janvier 2025, une offensive dans les localités de Belot et Godet avait déjà fait au moins 50 morts et 3 000 déplacés. Début juillet 2026, une nouvelle attaque à Robin, dans la même commune, avait entraîné des incendies et des morts, sans qu’un bilan officiel n’ait pu être établi. Ces violences s’inscrivent dans une stratégie des gangs visant à étendre leur emprise sur des zones clés, notamment celles abritant des institutions ou des axes économiques.

Les autorités haïtiennes ont attribué l’assaut à la coalition criminelle Viv Ansanm, classée organisation terroriste étrangère par les États-Unis en 2025. Le Premier ministre haïtien a qualifié l’attaque d’odieuse et annoncé le déploiement de renforts de sécurité sur zone, une mesure qui interroge sur l’efficacité réelle des dispositifs actuels.

Une crise sécuritaire qui paralyse le pays et menace les élections

Selon les Nations unies, plus de 3 100 personnes ont été tuées en Haïti au cours des six premiers mois de 2026, majoritairement dans des violences liées aux gangs. Cette insécurité généralisée survient alors que le pays tente de se doter d’un cadre électoral pour la première fois depuis plus de dix ans. Une force de suppression des gangs, soutenue par l’ONU, doit atteindre une capacité opérationnelle de plus de 5 500 hommes d’ici l’automne, une initiative qui pourrait, si elle est menée à bien, marquer un tournant dans la lutte contre les groupes armés.

Cependant, les attaques répétées à Kenscoff et ailleurs soulèvent des questions sur la capacité de l’État haïtien à rétablir l’ordre et à protéger ses citoyens. La multiplication des bilans provisoires et des victimes civiles interroge la stratégie des autorités et la coordination avec les forces internationales, alors que la population paie le prix d’une violence qui ne cesse de s’étendre.

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