À Kakimbo, des centaines de familles menacées d’expulsion face à un marquage foncier opaque

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 32 lectures
À Kakimbo, des centaines de familles menacées d’expulsion face à un marquage foncier opaque

Des centaines de familles de Kakimbo, en Guinée, vivent dans l’angoisse depuis le marquage mystérieux de leurs concessions par le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire (MUHAT). Sans explication officielle ni délai clair, ces habitants s’interrogent sur leur avenir, alors que certaines concessions sont occupées depuis plus de trente ans.

Un marquage sans avertissement ni justification

Depuis plusieurs semaines, des croix rouges ont été apposées sur les clôtures et bâtiments de centaines de concessions à Kakimbo, un quartier de Conakry. Les familles concernées, dont certaines vivent au bord du fleuve Kakimbo, n’ont reçu aucune information sur les raisons de ce marquage ni sur les éventuelles démolitions à venir. Le ministère MUHAT, dont les agents sont à l’origine de l’opération, n’a communiqué ni sur les critères de sélection des parcelles ni sur les alternatives proposées aux habitants.

Parmi les concessions marquées figure celle de la famille d’Amadou Taran Diallo, gestionnaire des lieux en l’absence de son frère. Selon lui, les agents du MUHAT avaient initialement évoqué des travaux d’élargissement de route, avant de changer de discours et d’annoncer une expulsion générale. « Personne n’a été averti. Tout le monde était d’accord pour une petite partie de route, mais maintenant, ils disent que tout le monde doit quitter », déplore-t-il.

Des titres fonciers contestés, des droits fragilisés

Si certains habitants disposent de documents officiels délivrés par le ministère de l’Habitat, d’autres reconnaissent posséder des titres contestés ou même des faux papiers. Cette situation reflète un problème récurrent dans les zones urbaines guinéennes, où la régularisation foncière reste un parcours du combattant. Amadou Taran Diallo souligne l’injustice subie : « Ceux qui ont construit ici devant tous les responsables du quartier et de l’habitat se voient aujourd’hui menacés d’expulsion. L’État doit penser à nous, surtout pour ceux qui, comme moi, ont investi toute leur vie dans leur logement. »

Les habitants pointent également des incohérences dans le marquage : des constructions situées sur l’autre rive du marigot, pourtant plus proches de l’eau, n’ont pas été ciblées. Certains riverains dénoncent un traitement inégal, où seuls les occupants d’un côté du cours d’eau sont visés, tandis que d’autres, ayant effectué des remblaiements illégaux, échappent aux sanctions.

Des risques urbains et sociaux ignorés

Au-delà de la question du logement, les habitants alertent sur les conséquences d’une expulsion brutale. Amadou Taran Diallo craint que les espaces libérés ne deviennent des zones de non-droit, propices aux activités illicites : « Si l’État dégage les gens sans aménager les lieux, les bandits et les trafics vont s’installer. Déjà, ceux qui ont quitté commencent à revenir squatter les maisons abandonnées. »

Par ailleurs, les riverains accusent les autorités d’avoir aggravé les inondations récurrentes à Kakimbo en construisant un pont inadapté. Selon eux, ce dernier a modifié le cours des eaux, provoquant des crues jusqu’à deux mètres dans les habitations. Malgré leurs alertes, aucune solution durable n’a été apportée.

Une urgence humanitaire et urbaine

Face à cette situation, les familles de Kakimbo réclament une réponse claire des autorités. Elles demandent à être consultées avant toute décision d’expulsion et à bénéficier de solutions de relogement ou de compensation. L’absence de dialogue et de transparence alimente un climat de méfiance, alors que les habitants, pour beaucoup âgés ou précaires, se retrouvent sans filet de sécurité.

Cette crise illustre les défis de l’urbanisme en Guinée, où les politiques publiques peinent à concilier développement infrastructurel et protection des populations vulnérables. Sans une gestion équitable et inclusive, les expulsions arbitraires risquent de saper la confiance des citoyens dans les institutions.

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