Dans l'État de Kaduna, au Nigeria, des organisations locales déploient des stratégies de prévention pour endiguer la spirale des violences intercommunautaires. En misant sur la médiation précoce et l'éducation à la paix, ces acteurs tentent de briser le cycle où des différends mineurs se muent systématiquement en affrontements ethniques ou religieux.
Une approche axée sur la désescalade
Le Muslim Peace Network (MPN), actif depuis 2020, structure son action autour de la formation des jeunes, des femmes et des leaders d'opinion. L'objectif est de doter les citoyens d'outils de communication non violente pour traiter les désaccords avant qu'ils ne deviennent personnels ou identitaires. Entre 2021 et 2025, plus de 600 personnes ont été formées aux techniques de résolution de conflits, et des « clubs de paix » ont été instaurés dans plusieurs établissements scolaires pour favoriser le dialogue interreligieux dès le plus jeune âge.
Le poids des tensions structurelles
Cette initiative intervient dans un contexte sécuritaire dégradé. Selon les données d'ACLED, 475 incidents de sécurité ont été recensés à Kaduna entre janvier 2024 et août 2025, causant 951 décès. Historiquement, l'État a été le théâtre de violences majeures, souvent exacerbées par des manipulations politiques, la pauvreté et des rivalités foncières. L'exemple de la crise de 1992 à Zangon-Kataf, où un simple différend sur le déplacement d'un marché a dégénéré en un conflit meurtrier, illustre la fragilité du tissu social face aux interprétations communautaires.
L'influence des leaders locaux
La stratégie repose également sur l'implication des chefs religieux et communautaires. En intervenant directement sur le terrain, comme lors de disputes entre usagers de la route ou au sein de familles, ces médiateurs empêchent que des incidents isolés ne soient récupérés par des discours de haine. Des leaders, à l'instar de l'Imam Misbahudeen Muhammad Raji ou de la responsable associative Anna Yakub, témoignent de l'efficacité de cette présence de proximité pour apaiser les tensions avant l'intervention des forces de sécurité.
Le défi de la pérennisation
Malgré des résultats encourageants, le passage à l'échelle reste un obstacle majeur. Le MPN, faute de ressources suffisantes, peine à répondre aux sollicitations, notamment celle du ministère de l'Éducation de Kaduna visant à étendre les clubs de paix aux écoles publiques. Si les experts en résolution de conflits s'accordent à dire que ces programmes renforcent la résilience des communautés, ils soulignent qu'une paix durable nécessite un engagement financier et politique sur le long terme, ces initiatives ne pouvant se substituer aux politiques publiques de sécurité et de développement économique.