Sur le littoral de Gaza, les sauveteurs en mer tentent de maintenir un dispositif de surveillance minimal pour protéger les milliers de civils qui cherchent un répit sur les plages. Face à la destruction quasi totale de leurs infrastructures et au manque criant de matériel, ces professionnels opèrent dans des conditions précaires, transformant une mission de sauvetage en un défi quotidien de résilience.
L'effondrement des capacités de surveillance
Avant le conflit, le service de sauvetage de la municipalité de Gaza s'appuyait sur un réseau structuré de tours de guet surélevées, espacées de 200 mètres et équipées de systèmes de communication et de sauvetage performants. Aujourd'hui, ces installations ont disparu. Les quelque 120 sauveteurs en poste — contre 140 auparavant — travaillent désormais depuis des tentes ou des abris de fortune au niveau du sol, ce qui réduit considérablement leur champ de vision. Cette perte d'infrastructure, couplée à l'absence de bateaux de secours, contraint les équipes à une vigilance accrue, reposant uniquement sur l'observation visuelle et des signaux manuels.
Une pénurie d'équipements vitaux
La rareté des ressources est devenue un obstacle majeur à la sécurité des baigneurs. Les sifflets, outils de base pour alerter la foule, sont devenus des denrées coûteuses en raison des restrictions d'importation, leur prix ayant quadruplé pour atteindre 100 shekels (environ 34 dollars). Plus grave encore, le manque de bouées de sauvetage empêche une intervention efficace lors d'incidents multiples. Ibrahim Shamlakh, responsable du département de sauvetage, rapporte que les équipes gèrent quotidiennement entre 20 et 50 interventions, un chiffre qui peut grimper jusqu'à 165 lors des journées de forte affluence, augmentant mécaniquement le risque de noyades fatales.
La précarité économique des sauveteurs
Au-delà des risques physiques, les sauveteurs font face à une instabilité financière chronique. Les salaires, lorsqu'ils sont versés, sont irréguliers et dérisoires, avoisinant les 25 shekels pour une vacation de six heures. Pour beaucoup, ce métier est l'une des rares sources de revenus après l'arrêt de la pêche. Malgré ces conditions, le corps des sauveteurs maintient une présence volontaire, certains agents arrivant sur place dès 6 heures du matin, avant le début officiel de leurs shifts, pour couvrir les plages et prévenir les accidents dans un contexte où la mer demeure l'un des rares espaces de vie accessibles aux populations déplacées.
Un engagement au-delà de la mission
Pour des sauveteurs comme Ahmed Abu Haseira, qui a perdu sa famille dans une frappe aérienne en août 2024, cette mission revêt une dimension personnelle profonde. La préservation des vies humaines est vécue comme un acte de résistance et une quête de sens dans un environnement dévasté. Cette détermination collective, transmise d'une génération à l'autre, permet de maintenir un service public essentiel, bien que fragilisé, garantissant une forme de protection minimale aux civils gazaouis face aux dangers de l'océan.