Face à l'anéantissement de plus de 80 % des bâtiments à Gaza depuis octobre 2023, une nouvelle réalité économique et sociale s'est imposée : la transformation des tentes en bureaux, cliniques et salles de classe. Cette adaptation forcée, née de la nécessité de maintenir des services essentiels, illustre la survie des professionnels gazaouis dans un contexte de crise immobilière sans précédent.
La survie des services de santé sous la toile
Pour les professionnels de santé, le passage à un environnement de fortune est devenu une question de survie pour la population. Le Dr Mohammed al-Khalidi, spécialiste en prothèses, exerce désormais depuis une tente à al-Mawasi après la destruction successive de ses trois cliniques. Dans un contexte où le nombre d'amputés est estimé entre 5 000 et 6 000 personnes sur la période 2023-2025, le maintien de ces soins, bien que rudimentaires, demeure vital. Malgré l'absence d'équipements adéquats, la chaleur intense et les nuisances sonores, ces praticiens privilégient la continuité des soins plutôt que l'arrêt total de leurs activités.
Une crise immobilière qui paralyse l'activité
La destruction massive des infrastructures a engendré une inflation immobilière extrême, rendant les espaces de travail traditionnels inaccessibles. Des ingénieurs, comme Omar al-Tawashi, témoignent d'une hausse des loyers atteignant parfois dix fois les tarifs d'avant-guerre. Cette situation contraint les travailleurs à s'installer dans des zones de déplacés, où le manque de confidentialité et l'instabilité des conditions de travail — notamment l'absence d'électricité et de connexion internet fiable — entravent l'efficacité professionnelle. Pour beaucoup, cette transition vers la tente n'est pas un choix, mais l'unique alternative pour préserver une source de revenus.
L'éducation et le commerce en mode dégradé
Le secteur éducatif et le commerce de détail subissent les mêmes mutations. Des enseignants, à l'instar de Palestine Hussein, tentent de maintenir un lien pédagogique avec les enfants dans des camps de déplacés, transformant des espaces précaires en salles de classe improvisées. Parallèlement, les commerçants comme Khalil al-Tahrawi tentent de relancer leurs activités sur les marchés, payant des loyers pour des emplacements sur le trottoir tout en devant sécuriser leurs marchandises chaque soir. Cette économie de la débrouille redéfinit les habitudes de consommation des Gazaouis, qui, par nécessité, se tournent vers ces services de proximité pour pallier l'effondrement des structures formelles.