À Gaza, des comédiens transforment le traumatisme de la guerre en une pièce de théâtre résiliente

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 33 lectures
À Gaza, des comédiens transforment le traumatisme de la guerre en une pièce de théâtre résiliente

Face à la destruction des infrastructures culturelles et à l'omniprésence du danger, des artistes gazaouis ont choisi la scène pour documenter leur réalité. La pièce « 50 Minutes in Gaza » ne se contente pas de raconter la guerre : elle est le fruit d'un processus de création mené sous les bombardements, où la frontière entre le jeu d'acteur et le vécu personnel s'efface.

Une création née sous les décombres

Le projet, initié en avril 2026 sous l'impulsion du metteur en scène Ali Abu Yasin, a dû surmonter des obstacles logistiques extrêmes. Dans un contexte où 164 sites culturels ont été endommagés ou détruits, la troupe a dû improviser des espaces de répétition dans des tentes de fortune ou des cafés partiellement détruits. Faute de matériaux, les décors ont été assemblés à partir de débris et de toiles de tente récupérées. Pour les comédiens, dont beaucoup sont des déplacés, chaque répétition impliquait un parcours périlleux à travers des zones jonchées de gravats et sous la menace constante des drones et des tirs.

L'art comme exutoire face à la tragédie

Pour les interprètes, la scène est devenue un espace de catharsis. Abu Qasai Qaddoura, ancien technicien devenu acteur par nécessité de témoigner, incarne un médecin contraint d'amputer son propre enfant. Le rôle résonne douloureusement avec sa propre vie de père, vivant sous une bâche avec sa famille. Cette confusion entre le personnage et l'individu est partagée par l'ensemble de la troupe : chaque explosion entendue durant les répétitions interrompt le travail, forçant les comédiens à vérifier immédiatement la sécurité de leurs proches avant de reprendre leur rôle.

La résistance par la représentation

Malgré la peur et l'instabilité, la pièce a été jouée à guichets fermés, notamment lors de sa première le 19 juillet dans un centre culturel de Gaza City, puis lors d'une tournée dans plusieurs localités comme Khan Younis. Pour Ali Abu Yasin, cette démarche est un message politique fort : la destruction des bâtiments ne signifie pas la fin de la création. En portant sur scène des récits de survie, de perte et de peur, ces artistes affirment que le théâtre, en tant qu'expression humaine, demeure indestructible tant qu'il existe des voix pour le porter, même au milieu des ruines.

Un miroir tendu à la société

L'impact de la pièce sur le public, composé de personnes vivant la même détresse, souligne l'importance de ce travail de mémoire immédiate. Les spectateurs, dont les propres familles des acteurs, ont reconnu dans ces « 50 minutes » le reflet exact de leur quotidien. En transformant le traumatisme en une œuvre collective, ces comédiens ne cherchent pas seulement à documenter l'histoire, mais à offrir un espace de partage à une population qui, entre deux alertes, tente de préserver une forme de dignité humaine.

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