Les habitants de Gatumba, durement éprouvés par les crues récurrentes de la rivière Rusizi depuis 2016, voient enfin se concrétiser un projet de protection attendu de longue date. Grâce à une initiative portée par l'Organisation diocésaine pour le Développement de Bujumbura (ODDBU) et financée par Catholic Relief Services (CRS), une digue de 2,5 km est en cours d'achèvement pour sécuriser les zones résidentielles et agricoles.
Une réponse concrète à une urgence humanitaire
Depuis sept ans, les crues de la Rusizi imposaient aux riverains des déplacements forcés et la perte répétée de leurs récoltes et biens matériels. Malgré les tentatives locales de fortune, comme l'empilement de sacs de sable, les moyens manquaient pour endiguer durablement le phénomène. Le projet actuel, d'un coût d'environ 100 millions de francs burundais, intègre une zone tampon de 100 mètres entre le cours d'eau et l'ouvrage pour prévenir les dégradations causées par la faune locale, notamment les hippopotames.
La gestion des risques au cœur de l'action locale
La réussite de cette infrastructure repose sur une étroite collaboration entre les communautés, l'administration zonale et les acteurs religieux. Si la satisfaction est palpable chez les résidents, les autorités locales et les porteurs du projet insistent sur la pérennité de l'ouvrage. Pour renforcer la structure, une campagne de plantation de bambous est prévue, impliquant directement les habitants. Le chef de zone, Dieudonné Mubanda, souligne que la protection de cette digue est désormais une responsabilité collective pour éviter que des interventions humaines, comme l'irrigation sauvage, ne fragilisent la barrière.
Défis d'urbanisme et enjeux de prévention
Le modèle d'intervention testé à Gatumba met en lumière les difficultés liées à l'urbanisation anarchique. À Buterere, sur la rivière Kinyankonge, un projet similaire de curage de canal de 1,3 km se heurte à des constructions illégales empiétant sur le tracé. L'ODDBU conditionne la poursuite des travaux à l'intervention de l'administration pour libérer ces espaces. Cet exemple illustre la nécessité d'une planification urbaine rigoureuse pour accompagner les efforts de prévention.
Appel à une stratégie nationale de résilience
Au-delà de ces réalisations ponctuelles, l'Abbé Anicet Shumbusho, secrétaire exécutif de l'ODDBU, appelle les pouvoirs publics à prendre le relais pour anticiper les risques climatiques, tels que le phénomène El Niño. Avec un coût de réalisation jugé abordable au regard des dégâts évités, ces infrastructures démontrent qu'une politique de prévention proactive est possible. L'enjeu est désormais de passer d'une logique de réaction à une stratégie nationale de protection de l'environnement, où l'État joue un rôle moteur dans la sécurisation des zones vulnérables.