La cohabitation entre agriculteurs et éleveurs dans la préfecture de Gaoual, en Guinée, atteint un point de rupture critique. L'occupation persistante de zones pastorales protégées par des activités agricoles, malgré des décisions de justice favorables aux éleveurs, entraîne une fuite massive du bétail vers les pays voisins.
Un enjeu foncier au cœur des tensions
Le conflit porte sur une zone réservée à l'élevage depuis 2010, dans le cadre d'un projet gouvernemental visant à sécuriser des espaces pastoraux équipés de forages. Selon Mamoudou Diallo, ancien coordinateur de l'Union sous-préfectorale des éleveurs de Koumbia, cet espace fait l'objet d'empiétements agricoles répétés. Malgré une procédure judiciaire ayant abouti à une décision ordonnant l'évacuation des occupants illégaux, ces derniers maintiennent leur présence sur le terrain, entravant l'accès des troupeaux aux pâturages et aux infrastructures prévues.
L'exode du cheptel vers la Guinée-Bissau
Face à l'insécurité foncière et aux tensions récurrentes, les éleveurs de la région ont entamé un mouvement de repli vers la Guinée-Bissau. Mamoudou Diallo estime que près de 80 000 têtes de bétail ont déjà quitté la zone de Gaoual pour s'installer dans ce pays voisin, où la législation impose aux agriculteurs de clôturer leurs parcelles, garantissant ainsi une meilleure protection des troupeaux. Ce départ massif soulève des inquiétudes quant à la disponibilité future de la viande sur les marchés locaux et à la hausse des prix à la consommation.
Le silence des autorités locales
La gestion de ce dossier révèle une fracture entre les acteurs de terrain et l'administration. Si les éleveurs affirment avoir multiplié les démarches judiciaires et sollicité l'appui des autorités, le directeur préfectoral de l'Agriculture et de l'Élevage de Gaoual, Amara Condé, assure ne pas avoir été saisi de cette affaire. Cette absence de coordination administrative laisse les éleveurs dans une impasse, ces derniers appelant désormais à une intervention directe des autorités nationales pour faire respecter le droit et préserver l'activité pastorale dans la région.