À l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation 2026, les agricultrices de Forikrom, dans la région de Bono East au Ghana, ont réaffirmé l'urgence de privilégier la production locale. Face à une insécurité alimentaire persistante en Afrique de l'Ouest, elles appellent à des politiques publiques robustes pour soutenir les exploitants ruraux et garantir une alimentation durable.
Un plaidoyer pour l'autonomie agricole
Réunies au sein du projet d'agriculture biologique Abrono (ABOFAP) en collaboration avec l'Association des femmes agricultrices rurales du Ghana (RUWFAG), les productrices ont souligné la nécessité de renforcer les capacités de production nationale. Nana Kwao Adams, directeur exécutif de l'ABOFAP, a insisté sur l'impératif de transformer les pratiques agricoles pour rendre le secteur plus durable. Selon lui, la priorité doit être donnée à l'autonomisation des agriculteurs ruraux, véritables piliers de la sécurité alimentaire du pays.
Infrastructures et accès à l'eau
Le débat s'est également porté sur les moyens techniques nécessaires pour stabiliser la production. Anita Suntaa, coordinatrice nationale de la RUWFAG, a mis en lumière une carence majeure : l'absence d'infrastructures d'irrigation adéquates. Elle préconise la mise en place de systèmes d'irrigation pérennes, notamment dans des zones comme l'Upper West Region, afin de permettre une agriculture productive tout au long de l'année, indépendamment des aléas climatiques.
Nutrition et valorisation des produits locaux
Au-delà des enjeux de production, la santé publique a été placée au cœur des échanges. La cheffe traditionnelle de Forikrom, Nana Sakyiwaa Abanaba, a encouragé la population à privilégier les produits biologiques locaux, jugés plus sains. Cette recommandation est appuyée par les autorités sanitaires locales, représentées par Faiza Issah, nutritionniste au centre de santé de Forikrom. Elle a rappelé l'importance du régime « quatre étoiles », un cadre nutritionnel visant à équilibrer les apports alimentaires pour lutter contre les carences.
Le paradoxe de la faim face aux ressources
Malgré le potentiel agricole de la région, les acteurs locaux pointent un paradoxe persistant. Festus Addai, agent de vulgarisation agricole de la municipalité de Techiman, a déploré que la faim touche encore une large partie de la population alors que les ressources pour produire davantage sont disponibles. Ce constat souligne l'urgence d'une meilleure coordination entre les politiques publiques, le soutien aux petits exploitants et la promotion d'une consommation locale pour répondre aux besoins des 36 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest et centrale.