Sur l'île de Dionewar, située dans le delta du Saloum, l'avancée inexorable de l'océan Atlantique menace directement la survie des habitations et des terres agricoles. Face à ce recul du trait de côte qui atteint par endroits 12 mètres par an, les habitants et les autorités locales déploient des stratégies de résilience basées sur la restauration de la mangrove et des aménagements artisanaux.
Une transformation géographique accélérée
Le paysage de Dionewar a été profondément altéré par l'ouverture de la brèche de Sangomar en 1987, qui a modifié les courants marins et exposé l'île à une érosion accrue. Les chiffres témoignent de l'urgence : certains campements, autrefois distants de 200 mètres du rivage en 2005, ne sont plus séparés de la mer que par une vingtaine de mètres. Ce phénomène, couplé à une salinisation croissante des sols, fragilise l'économie locale, traditionnellement tournée vers l'agriculture et la pêche.
La mangrove comme rempart naturel
Pour contrer cette dégradation, l'aire marine protégée de Sangomar, créée en 2014, pilote des campagnes de reboisement intensives. La mangrove joue un rôle de bouclier essentiel contre la houle. Les populations locales sont activement impliquées dans ces opérations, assurant non seulement la plantation des espèces végétales, mais aussi le nettoyage et la surveillance des zones les plus vulnérables. Ces efforts visent à restaurer les écosystèmes dégradés qui servaient autrefois de barrière naturelle contre les assauts de l'océan.
Des solutions artisanales face à l'urgence
En complément du reboisement, des dispositifs de fortune sont installés sur le littoral pour tenter de fixer le sable et freiner la progression des eaux. Des piquets en bois, des pneus et des structures en béton ont été déployés, notamment pour protéger le cimetière insulaire, devenu une zone critique. Si ces mesures témoignent de la détermination des habitants, les experts, dont le conservateur de l'aire marine protégée, soulignent que le recul est alimenté par une combinaison de facteurs complexes : élévation du niveau de la mer, changements climatiques, extraction de sable marin et aménagements côtiers inadaptés.
Un équilibre fragile à préserver
Malgré la menace constante qui a déjà provoqué l'effondrement de certaines infrastructures, la vie continue sur l'île. La pêche demeure le pilier de l'activité économique, et la circulation des pirogues reste le lien vital avec le continent via Djiffer. La pérennité de ces activités dépend désormais de la capacité des acteurs locaux et des autorités à maintenir ces efforts de protection, dans un contexte où l'érosion côtière redessine chaque année un peu plus la carte du delta du Saloum.