Dans le bassin arachidier sénégalais, le village de Diohine fait face à une dégradation préoccupante de ses terres agricoles, marquée par une perte de fertilité et la disparition du couvert végétal. Pour répondre à ce défi, la communauté a choisi de réhabiliter une pratique ancestrale : la jachère tournante, connue localement sous le nom de Toss.
Une réponse collective à l'épuisement des terres
Depuis une quinzaine d'années, les agriculteurs de Diohine observent un appauvrissement manifeste de leurs parcelles, les contraignant à une dépendance accrue aux engrais chimiques. Pour inverser cette tendance, le chef du village, Edouard Sene, coordonne une gestion concertée des espaces. Le principe est simple : laisser une zone au repos pendant une saison entière pour permettre sa régénération naturelle, avant de délocaliser cette jachère l'année suivante. Cette rotation permet d'éviter la surexploitation systématique des sols, garantissant ainsi une meilleure durabilité des capacités productives locales.
La solidarité comme levier de gestion foncière
La mise en œuvre de cette stratégie repose sur une organisation sociale rigoureuse. La désignation des zones réservées au repos est le fruit d'une concertation entre les différents quartiers du village. Ce processus inclut des mécanismes de compensation sociale pour les agriculteurs dont la majorité des terres se retrouve temporairement en jachère. Cette solidarité communautaire permet de maintenir une équité économique tout en préservant le capital foncier collectif, essentiel à la survie de cette communauté de 2 000 habitants.
Un écosystème au-delà de l'agriculture
Pour les experts agronomes, l'intérêt de la jachère dépasse la simple restauration chimique des sols. Elle constitue un véritable espace de biodiversité où la faune et la flore peuvent se redéployer. En plus de favoriser le retour de certaines espèces végétales, ces zones servent de pâturages pour le bétail et d'espaces de vie pour les habitants. En réintégrant cette pratique traditionnelle, les populations de Diohine ne cherchent pas seulement à sécuriser leurs récoltes futures, mais tentent de restaurer un équilibre écologique global au sein de leur terroir.