À Damongo, la corruption électorale se heurte à une ambiguïté culturelle persistante

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 18 lectures
À Damongo, la corruption électorale se heurte à une ambiguïté culturelle persistante

Le projet « Democracy Not for Sale » a tenu une session de dialogue à Damongo, dans la région de Savannah, mettant en lumière un paradoxe majeur : si la population est parfaitement consciente de l'omniprésence de l'argent dans les processus électoraux, elle tend à normaliser ces pratiques en les assimilant à des gestes de courtoisie ou d'entraide sociale. Ce constat, issu d'une enquête rigoureuse, souligne que la lutte contre l'achat de votes au Ghana ne pourra se limiter à une approche purement répressive.

Une perception culturelle qui brouille les lignes

L'enquête révèle une saturation totale de la conscience citoyenne : 100 % des répondants ont déjà été témoins ou ont entendu parler de pratiques d'achat de votes. Pourtant, une part significative de la population ne qualifie pas ces échanges — qu'il s'agisse de numéraire, de vêtements ou d'équipements ménagers — comme de la corruption. Pour beaucoup, ces dons sont perçus comme des obligations sociales ou des marques de gratitude. Cette ambiguïté culturelle, soulignée par les experts présents, complique la distinction entre le soutien légitime à une circonscription et l'indu électoral.

Le défi de l'application de la loi

Bien que la loi PNDC 284 criminalise formellement l'achat de votes, les autorités policières locales admettent n'avoir reçu aucune plainte officielle. Cette absence de poursuites s'explique par la difficulté de réunir des preuves recevables, les deux parties ayant un intérêt commun au silence. Les forces de l'ordre encouragent désormais les citoyens à conserver les traces numériques, notamment les relevés de transferts d'argent mobile, pour constituer des dossiers exploitables. Toutefois, la population estime majoritairement que le problème ne réside pas dans la faiblesse des textes, mais dans leur non-application.

Pauvreté et désillusion démocratique

Le dialogue a mis en exergue le poids des réalités économiques, avec un taux de pauvreté et de chômage des jeunes supérieur à la moyenne nationale dans la région. Pour de nombreux électeurs, accepter ces cadeaux devient une réponse pragmatique à l'absence de perspectives de développement concrètes après les scrutins. Cette désillusion touche particulièrement la jeunesse, qui, bien que convaincue de l'influence néfaste de l'argent, exprime une frustration croissante face à l'impuissance des institutions.

Vers un changement de paradigme

Contrairement aux autres régions où la répression pénale est souvent plébiscitée, les citoyens de Damongo privilégient un changement de mentalité, l'amélioration des conditions de vie et une éducation civique accrue comme leviers de solution. Les recommandations issues du forum insistent sur la nécessité d'une transparence accrue dans le financement des partis politiques et sur une responsabilisation des élus basée sur le respect de leurs promesses électorales, plutôt que sur leur capacité à distribuer des biens lors des campagnes.

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.