L’effondrement meurtrier d’une décharge à Conakry a précipité l’expulsion de centaines de familles sans solution de relogement. Leurs récits, marqués par des décennies de négligence, exposent l’urgence d’une réponse publique qui tarde à venir.
Un quartier sacrifié par l’inaction des gouvernements successifs
M’Mawa Camara, 60 ans, incarne le drame de centaines de Guinéens expulsés en urgence après l’éboulement meurtrier de la décharge de Dar-es-Salam, qui a fait au moins 34 morts. Installée dans ce quartier bien avant que la décharge ne s’y installe, elle a vu sa maison rasée en 24 heures, sans préavis ni alternative. « La décharge est venue à nous », explique-t-elle, rappelant que l’aménagement du site remonte à l’ère du président Lansana Conté, avant de devenir une montagne d’ordures sous Alpha Condé. Malgré les protestations et les promesses de délocalisation, rien n’a été fait.
Des promesses politiques trahies par l’urgence
Les habitants, qui dénonçaient depuis des années l’avancée des déchets vers leurs concessions, avaient cru aux engagements pris sous le président Doumbouya. Des Chinois auraient même été mandatés pour déplacer la décharge, et des assurances avaient été données lors de réunions au palais du peuple. Pourtant, au lendemain de la catastrophe, les bulldozers sont arrivés, marquant les maisons avant de les démolir. « On nous a dit qu’ils allaient simplement enlever les ordures, pas que c’est nous qui devions partir », s’indigne M’Mawa Camara, mère de huit enfants et dont le mari est gravement malade. Sans logement ni aide, sa famille a dû se réfugier chez des voisins, dans l’attente d’une solution qui n’arrive pas.
Une crise humanitaire aggravée par l’absence de plan d’urgence
Le déguerpissement forcé, déclenché sans mesure d’accompagnement, illustre les lacunes d’un État qui réagit à l’urgence sans anticiper ses conséquences. Les familles, dont certaines vivaient dans le quartier depuis des générations, se retrouvent sans abri, leurs biens entassés à la hâte. « Notre seul espoir, c’est Dieu », confie la septuagénaire, résumant l’abandon dans lequel les autorités ont plongé des centaines de personnes. Les appels à la délocalisation de la décharge, maintes fois formulés, restent lettre morte, tandis que les ordures continuent de s’accumuler, menaçant de nouvelles catastrophes.
L’urgence d’une réponse globale : relogement et gestion des déchets
Cette crise révèle deux échecs concomitants : celui de la gestion des déchets urbains en Guinée, où les décharges sauvages prolifèrent sans contrôle, et celui de la protection des populations exposées. Les témoignages des expulsés soulignent l’urgence d’un plan national de relogement, couplé à une politique de délocalisation des sites dangereux. Sans cela, les promesses politiques ne resteront que des mots, et les quartiers informels continueront de payer le prix de l’improvisation. La question n’est plus seulement de savoir où iront ces familles demain, mais comment éviter que d’autres ne subissent le même sort.