Le fleuve Sénégal, trait d'union historique entre Bakel et la localité mauritanienne de Gourèye, subit une mutation profonde sous l'effet conjugué de la dégradation environnementale et de la raréfaction des ressources halieutiques. Si les échanges humains et commerciaux persistent, le transport fluvial s'impose désormais comme une alternative vitale pour des populations dont les moyens de subsistance traditionnels s'effritent.
La reconversion forcée des acteurs locaux
La raréfaction du poisson, observée tant sur la Petite Côte qu'au niveau du fleuve, contraint les professionnels de la pêche à abandonner leurs filets pour le transport de passagers et de marchandises. Mamadou Sow, responsable de l'Association des transporteurs, souligne que cette activité est devenue le principal recours pour de nombreux travailleurs. Cette transition économique s'accompagne d'une hausse des tarifs : le coût de la traversée, autrefois fixé à 200 FCFA avant la pandémie, atteint désormais 500 FCFA au départ du Sénégal et 1 000 FCFA depuis la Mauritanie.
L'impact de la pollution minière
L'écosystème fluvial est gravement altéré par une pollution persistante, attribuée notamment à l'exploitation minière dans la zone de la Falémé. La dégradation de la qualité de l'eau, devenue jaunâtre et impropre à la consommation, au lavage ou à la baignade, marque une rupture avec les usages ancestraux. Face à ce défi transfrontalier, les acteurs locaux appellent à une concertation diplomatique accrue, arguant que les mesures unilatérales sont insuffisantes pour endiguer les conséquences de l'orpaillage pratiqué sur les territoires voisins.
Les freins administratifs à la mobilité
Au-delà des enjeux environnementaux, la fluidité des échanges est entravée par des formalités douanières et policières rigoureuses. L'exigence de documents officiels, tels que les ordres de mission et les copies de pièces d'identité, est perçue par les transporteurs comme un frein à la mobilité des populations locales. Cette complexité administrative pousse certains usagers à privilégier des points de passage informels, échappant ainsi aux contrôles officiels. Les professionnels du secteur préconisent une simplification des procédures d'identification pour sécuriser et faciliter le transit quotidien entre les deux rives.