Le centenaire Joseph Okwuabudike Ojukwu a célébré hier son 100ᵉ anniversaire, rappelant une carrière médicale qui a traversé l’ère coloniale, la guerre civile nigériane et la reconstruction du système de santé du pays. Son parcours, reconnu par l’État en 1983 avec le titre de MFR, illustre l’impact d’un professionnel dévoué sur plusieurs générations de patients et de praticiens.
Formation académique et spécialisation à l’étranger
Né le 26 septembre 1926 à Nnewi, Ojukwu a d’abord étudié à Lagos Island avant d’intégrer le prestigieux King’s College de Lagos, où il a été chef de classe. Il poursuit ensuite ses études à l’Université de Cambridge, puis à Guy’s Hospital à Londres, où il obtient son diplôme de médecin. Sa spécialisation en chirurgie est couronnée par le titre de Fellow of the Royal College of Surgeons of England (FRCS) et un Master of Surgery, attestant d’une expertise reconnue au niveau international.
Carrière médicale au Nigeria : de Lagos à Enugu
De retour au Nigeria, Ojukwu commence à l’Université College Hospital (UCH) avant de devenir chirurgien consultant à l’Hôpital Général de Lagos. La crise du Biafra le conduit à s’établir dans l’Est, où il exerce au Specialist Hospital d’Enugu (qui deviendra plus tard le University of Nigeria Teaching Hospital), à l’Hôpital Queen Elizabeth d’Umuahia et à l’Hôpital catholique d’Emekuku. Au fil des décennies, il se forge une réputation de compétence, de compassion et d’humilité, au point d’être affectueusement surnommé « Pa Ojukwu » par ses patients et collègues.
Reconnaissance nationale et engagement communautaire
En 1983, le président Shehu Shagari lui décerne le titre de Membre de l’Ordre de la République fédérale (MFR), soulignant son apport à la santé publique. En plus de son rôle clinique, Ojukwu a été nommé directeur de Ojukwu Transport Limited dès 1952 et en est aujourd’hui le président, assurant la continuité du patrimoine familial. Il a également été l’exécuteur unique du testament de son père, Sir Louis Philip Odumegwu Ojukwu, garant de la gestion de l’héritage familial.
Vie familiale et transmission du savoir
Marié en décembre 1957 à Maria Ukamaka Aghaji, le couple a eu six enfants, dont plusieurs ont suivi des carrières médicales ou juridiques, perpétuant ainsi la tradition de service. La perte de son épouse en 2006 a marqué une profonde tristesse, mais Ojukwu a continué à soutenir sa famille élargie, ses petits‑enfants et arrière‑petits‑enfants. Passionné de jardinage et de vie discrète, il a reçu le titre honorifique Chimelumdibia Nnewi il y a deux décennies, reconnaissance de son influence locale.
Défis de santé et héritage durable
Les dernières années sont marquées par un glaucome qui affecte sa vue, mais son esprit reste vif et engagé. Son histoire, du Lagos colonial aux hôpitaux rebâtis après la guerre, incarne la résilience du système de santé nigérian et offre un modèle de dévouement pour les futures générations de praticiens.