Un programme ambitieux vise à transformer le paysage éducatif ghanéen en formant 1 000 femmes professionnelles de l'enseignement aux compétences numériques et à l'intelligence artificielle d'ici 2027. Porté par l'Institut de planification et d'administration de l'éducation (IEPA) et le Centre pour la recherche, le plaidoyer et la documentation sur le genre (CEGRAD), ce projet gratuit s'appuie sur des partenariats internationaux pour combler les écarts de compétences et placer les femmes au cœur de la révolution technologique en cours.
Un levier contre les inégalités structurelles en milieu académique
Le projet « Women Leading Change in Africa » répond à un constat alarmant : seulement un responsable éducatif sur cinq se déclare suffisamment équipé pour accompagner la transition numérique dans l'enseignement supérieur. Les barrières structurelles, notamment l'accès inégal aux outils technologiques et aux formations, freinent l'ascension des femmes dans le secteur académique. Le directeur général de l'IEPA, le professeur Michael Boakye-Yiadom, souligne que cette initiative vise à « fournir un renforcement ciblé des capacités » pour que les femmes ne soient pas « reléguées au second plan » par la révolution numérique.
Cette approche s'inscrit dans une vision panafricaine de l'autonomisation féminine, rappelant le rôle historique des femmes comme « conseillères de confiance, leaders visionnaires et actrices résilientes du changement ». Le professeur Boakye-Yiadom cite l'exemple de Yaa Asantewaa pour illustrer cette tradition de leadership afrocentrique, qu'il souhaite désormais associer à des compétences technologiques de pointe.
Des micro-certifications gratuites et un réseau d'influence
Le programme propose plus de 57 cours en ligne, accessibles via la plateforme IIOE.org, couvrant des domaines variés comme l'agriculture, la santé, les arts ou l'économie domestique. Les participantes pourront obtenir des micro-certifications, renforçant ainsi leur employabilité et leur capacité à innover dans leurs institutions. L'objectif est double : former 1 000 professionnelles d'ici fin 2027 et créer un effet multiplicateur, chaque femme formée influençant à son tour ses étudiantes et son environnement professionnel.
Le professeur Eunice Fay Amissah, directrice du CEGRAD, insiste sur l'urgence d'inclure les femmes dans la conception et la gouvernance des outils numériques. Sans cela, prévient-elle, « les inégalités existantes pourraient simplement se reproduire sous des formes plus sophistiquées ». Le projet s'aligne sur les Objectifs de développement durable de l'ONU (ODD 4 et 5) et l'Agenda 2063 de l'Union africaine, garantissant une approche holistique et durable.
Une collaboration interuniversitaire et un appel à l'action
L'Université du Cap-Côte (UCC), via son Institut de l'éducation, joue un rôle central dans la mise en œuvre du programme. La vice-chancelière adjointe, le professeur Christine Adu-Yeboah, souligne que cette initiative « démontre le rôle collaboratif de l'UCC dans l'avancement du secteur éducatif national ». Les 26 collèges d'éducation du pays seront également mobilisés pour élargir l'accès au programme, qui s'étendra au-delà des professionnels de l'enseignement supérieur pour toucher les éducatrices du pré-universitaire.
Les partenaires internationaux, notamment l'UNESCO-ICHEI et l'UNESCO IITE, apportent un soutien technique et financier pour assurer l'expansion du projet. Le directeur de l'UNESCO, le professeur Jin Li, voit dans cette initiative une opportunité pour le Ghana « d'écrire son propre chapitre » et d'inspirer d'autres pays africains. Enfin, le projet appelle le secteur privé à créer des opportunités sûres et accessibles pour les femmes, tandis que les gouvernements sont invités à adopter des politiques favorisant leur progression professionnelle.