Le 44e anniversaire de la passation de pouvoir entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, survenue le 6 novembre 1982, remet en lumière les soubresauts politiques qui ont suivi cette transition. Un témoignage historique révèle comment l'ancien ministre Ayang Luc a opposé une fin de non-recevoir aux tentatives de déstabilisation du nouveau chef de l'État en 1983.
Le contexte de la crise de juin 1983
Quelques mois après l'accession de Paul Biya à la présidence, le climat politique au Cameroun s'est rapidement dégradé, marqué par des tensions ouvertes entre le nouveau dirigeant et son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, qui conservait alors la présidence du parti unique, l'UNC. Cette période de transition fragile a culminé avec l'épisode de la « Réunion du lac », un conclave clandestin organisé par des cadres influents restés loyaux à l'ancien président.
La tentative de ralliement d'Ayang Luc
À l'époque ministre de l'Élevage et des Industries animales, Ayang Luc a été directement sollicité par un émissaire pour rejoindre ce groupe de frondeurs. Pour convaincre le ministre de participer à cette réunion stratégique, l'intermédiaire a mis en avant la proximité supposée entre Ahmadou Ahidjo et son ancien collaborateur, utilisant l'argument de l'affection personnelle du prédécesseur pour tenter de le rallier à la cause de la contestation.
La légitimité institutionnelle au-dessus des allégeances
La réponse d'Ayang Luc, rapportée ultérieurement, a marqué une rupture nette avec les manœuvres de coulisses. En affirmant que si Ahmadou Ahidjo avait réellement souhaité lui confier les rênes du pays, il l'aurait fait lors de la passation de pouvoir, le ministre a souligné la primauté de la décision officielle sur les sentiments personnels. En refusant de se rendre à la réunion, Ayang Luc a non seulement réaffirmé sa loyauté envers le président en exercice, mais a également acté la fin de la légitimité politique de l'ancien chef d'État dans la gestion des affaires courantes du pays.